Sans nom

 
 

La température glaciale régnant à l'extérieur n'aurait pu rivaliser avec ces paroles, aussi Trompette s'excusa et tourna les talons. La joliesse, mécontente, l'apostropha: « Je t'ai posé une question et je te prie d'y répondre.» A cet instant, une enfant, mise comme une figurine, déboula dans l'entrée et décida sans autre: «fais-la entrer! Elle est sale mais si jolie, j'en ferai ma poupée et l'appellerai Juliette!»

La belle veuve vivait seule avec sa fille dont elle ne savait pas faire façon. Elle rechignait à accueillir Trompette qui ressemblait plus, selon elle, à une mendiante qu'à une poupée. Mais enfin, cette dernière pourrait tenir compagnie à son impossible gamine qui lui causait bien du tourment. De la sorte, elle pourrait enfin consacrer plus de temps à la seule chose qui lui importait vraiment : se faire belle. Sans autre forme de procès elle intima l'ordre à Juliette de rentrer, héla quelque servante et exigea que l'on décrasse cette pauvresse pour lui donner meilleure allure.

Au chaud, nourrie et logée très correctement, Juliette entama une nouvelle aventure. Ici, pas de travail particulier à fournir, il lui suffisait de satisfaire aux moindres caprices de la figurine nommée Desmona. Et quels caprices! A l'instar d'une poupée elle devait se laisser coiffer, habiller, coucher, manger des petits gâteaux et boire le thé toute la journée, sans mot dire, sans protester. Un véritable calvaire sans compter que la petite n'hésitait pas à la punir lorsque les choses n'avaient pas l'heur de lui plaire.

 

   

 

Malgré le parfum léger qui s'exhalait de chaque pièce, les odeurs alléchantes qui s'échappaient de la cuisine, malgré la chaleur douillette, le confort et les belles toilettes, Juliette n'y tint plus : la nuit de Noël, elle s'échappa. Ce qui lui fut facile ! En bonne poupée, elle se devait de rester sur son lit alors que la maison grouillait d'invités. Elle profita de l'heure du dîner pour se glisser au-dehors. Les rues étaient désertes, personne ne l'aperçut.

Serrée dans son vieux manteau, vêtue d'une robe légère et de fines ballerines elle marcha, longtemps, longtemps. La neige tombait dru. Transie, Juliette s'abandonna au pied d'un grand sapin et pleura toutes les larmes qu'elle avait jusqu'alors retenues. Sa maman le lui avait dit : «il te faudra être courageuse ma petite. C'était deux ans auparavant, un soir d'Hiver. Maman était partie rejoindre les anges du paradis.»

Longtemps la petite était restée au chevet de la défunte. Puis, effrayée par le corps inerte, tenaillée par la faim, elle s'en était allée par les chemins. Jamais une larme, jamais une plainte mais ce soir c'en était trop. Le cœur de Juliette débordait de chagrin. Son courage la quittait. Elle entendait bien tintinnabuler mais à quoi bon aller vérifier, elle ne rencontrait que déception. Son courage la quittait, elle se laissa glisser dans la neige.

Et pourtant, si elle trouvait la force...

 

Soir 6

- Ce soir, avec vos parents, décorez vos créations.

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